La situation devient critique à la RTS. Après la panne du journal de 6h le 1er octobre, 202 salariés soutiennent un courrier d’alerte réclamant un moratoire sur la fusion radio-TV. Dévoilée la première semaine d’octobre, cette lettre interne révèle un malaise profond dans le géant médiatique suisse romand.
Un catalogue de dysfonctionnements
Le problème ne date pas d’hier. Depuis l’installation de l’actualité radio à Écublens, les collaborateurs font état de pannes à répétition, de problèmes de son, de studios mal insonorisés, de retards et d’erreurs à l’antenne. Ces ratés techniques ne sont pas anodins : le 1er octobre, le journal de 6h a été complètement interrompu pendant onze minutes, une faille rare pour un service d’information public.
Les signataires demandent un moratoire sur la fusion des rédactions TV-radio et sur le lancement des nouveaux formats, notamment le temps de résoudre les problèmes techniques et de permettre aux équipes de trouver leurs marques à Écublens. Le message est clair : ralentir avant que tout n’explose.
L’épuisement des équipes
Au-delà des bugs informatiques, les collaborateurs dénoncent aussi un épuisement organisationnel. Le transfert des activités vers le site d’Écublens (VD), commandé par la direction comme moteur d’efficacité, s’avère contre-productif. La mutualisation des infrastructures et l’automatisation des processus doivent permettre de gagner en efficacité et de développer de nouveaux formats, mais elles peuvent aussi accroître la charge des journalistes lorsque les outils ne sont pas suffisamment stabilisés.
Le déménagement crée une double peine : travailler avec des équipements défaillants tout en devant assimiler de nouveaux workflows. Dans ce contexte, la perspective d’une fusion immédiate des rédactions radio-TV apparaît irréaliste aux yeux de nombreux employés.
La réaction prudente de la direction
La direction de la RTS n’a pas pris la revendication au sérieux. Le porte-parole Marco Ferrara souligne que « le moratoire est un point listé dans une pétition anonyme » et précise que la direction dialogue parallèlement avec la Communauté de l’information, la société des journalistes de la RTS, sur l’organisation des rédactions. Le message entre les lignes : cette pétition ne représente pas le cadre institutionnel adéquat.
Pourtant, la RTS a reconnu les difficultés techniques et a mis en place une task force associant des spécialistes d’autres régions de la SSR. Cet aveu implicite contredit la minimisation publique.
La transformation continue coûte cher
Cette fronde survient dans un contexte plus large de restructuration. Un document interne exigeait un moratoire sur les suppressions de postes, incessantes depuis trois ans dans le cadre d’un plan d’économies élaboré par la direction de la SSR. Moins de personnel, des outils neufs mais instables, et une fusion de rédactions accélérée : la recette du chaos organisationnel.
La RTS, fleuron des médias publics romands, traverse une période délicate. Tandis que le secteur privé saigne (Tamedia a tranché 34 postes en Suisse romande ces derniers mois), les tensions internes à la télévision publique jettent un doute sur la capacité du service public à moderniser son infrastructure sans sacrifier la qualité ni le bien-être de ses collaborateurs.
