Le conseiller d’État vaudois Roger Nordmann a recalculé l’impact de la réforme fédérale sur le financement des soins (EFAS), prévue en 2028. La facture bondira entre 300 et 400 millions de francs par an, loin des 130 millions estimés initialement. Un écart vertigineux qui ébranle les projections budgétaires de la Suisse romande.
Ce surcoût s’explique par l’essor continu des traitements ambulatoires depuis 2017. Alors que le système de santé s’oriente massivement vers des soins en ambulatoire plutôt qu’en hospitalisation, la réforme censée maîtriser les dépenses produit l’effet inverse. Les patients sont traités à l’extérieur des hôpitaux, mais les coûts explosent.
Cette charge supplémentaire aggravera le déficit cantonal, tandis que la baisse attendue des primes pour la population reste incertaine. C’est le double problème qui attend les citoyens romands: les finances publiques se dégradent et le portefeuille des ménages ne s’en trouve pas allégé. Les promesses du gouvernement fédéral d’une réduction des primes d’assurance maladie demeurent floues.
Un calcul qui remet tout en question
Les autorités fédérales avaient tablé sur un impact budgétaire raisonnablement absorbable. Le recalcul effectué par Nordmann montre que ces estimations reposaient sur une analyse insuffisante de l’évolution réelle du secteur ambulatoire. Le phénomène ne date pas d’hier: depuis sept ans, les cliniques et cabinets médicaux captent une part croissante de l’activité médicale, au détriment des hôpitaux traditionnels.
La réforme EFAS était supposée clarifier le financement en transférant une part plus importante des frais aux cantons. Théoriquement, cela aurait dû libérer de la marge budgétaire. Or, la réalité des trajectoires de dépenses dans le secteur ambulatoire invalide ce scénario. Les cantons découvrent à peine l’ampleur du défi, à trois ans seulement de la mise en œuvre prévue.
Une déstabilisation avant une votation cruciale
Le timing pourrait s’avérer politique. Le 27 septembre prochain, les Suisses voteront sur plusieurs textes majeurs. Cette révélation sur le coût caché d’une réforme centrale en matière de santé ajoute une couche de complexité aux débats en cours. Les cantons romands, particulièrement touchés, n’ont que quelques jours pour anticiper les questions des électeurs.
Reste que ce calcul d’actualité redessine le paysage fiscal attendu en 2028. La facture additionnelle de 170 à 270 millions de francs représente un enjeu budgétaire considérable pour la Suisse romande, capable de redéfinir les priorités de dépenses sociales et d’infrastructure régionales pendant plusieurs années. Sans dépôt de compteurs ni amélioration visible pour les assuré·es, la réforme commence à faire grincer les dents avant même d’être appliquée.
