Une large coalition multipartite a déposé mardi à la Chancellerie fédérale, à Berne, son référendum « Non aux nouvelles centrales nucléaires », avec 131’793 signatures récoltées en seulement trois mois.
La Suisse s’apprête à trancher l’une des questions énergétiques les plus clivantes des années à venir. Le débat du nucléaire revient sur la table fédérale, et cette fois, c’est aux urnes que le peuple tranchera. Le camps opposé aux nouvelles installations nucléaires a déposé son référendum dès mercredi dernier, armé de la plus solide des légitimités démocratiques : celle des signatures.
Une mobilisation remarquable caractérise cette campagne. Le nombre de signatures récoltées en trois mois témoigne d’une dynamique exceptionnelle autour du dossier. La coalition réunit des forces politiques et associatives traversant généralement les lignes habituelles. Un tel rassemblement révèle les fractures profondes que le sujet du nucléaire cristallise en Suisse romande et au-delà.
L’enjeu est économique mais aussi idéologique. Faut-il miser sur le nucléaire pour répondre aux besoins énergétiques croissants en contexte de transition climatique et de risques géopolitiques sur l’approvisionnement en gaz et pétrole ? Ou convient-il de privilégier les énergies renouvelables, même si celles-ci nécessitent des investissements massifs dans les infrastructures ? Le nucléaire divise traditionnellement les progressistes des conservateurs, mais cette bataille électorale montre que la polarisation est bien plus nuancée.
La Suisse dispose actuellement de quatre réacteurs nucléaires actifs qui continuent de participer à son bouquet électrique malgré un débat décennal sur leur fermeture programmée. Mais le dossier s’est radicalisé dans un contexte d’urgence climatique et de tensions énergétiques mondiales. Plusieurs pays européens reconnaissent le potentiel du nucléaire dans la lutte contre le changement climatique. D’autres prônent l’abandon total. La Suisse, elle, doit trancher.
Ce référendum constitue un tournant politique majeur. Il force le pays à clarifier sa stratégie énergétique long terme sans ambiguïté. Les semaines à venir verront une campagne intense, avec des arguments économiques, environnementaux et sécuritaires de part et d’autre. Le peuple suisse, finalement, décidera du cap à tenir.
