La succession de Guy Parmelin aux rênes du Département fédéral de l’Économie occupe les esprits à Berne. Et alors que plusieurs figures évoquées se sont déjà retirées, c’est un scénario inattendu qui émerge : Beat Jans, ministre actuellement en charge du Département fédéral de justice et police, s’est dit intéressé à reprendre les rênes du Département de l’économie.
Une hypothèse qui paraît attirer l’intérêt politique. Mais là s’arrête l’enthousiasme. L’idée ne semble pas plaire aux milieux syndicaux, rapporte le quotidien d’information politique. Une résistance qui surprend de prime abord: on pourrait penser que l’arrivée d’un ministre de gauche aux commandes de l’économie séduirait ceux qui défendent les intérêts des travailleurs. Or il n’en est rien.
Interrogé par la NZZ am Sonntag, Adrian Wüthrich, président de Travail.Suisse, souligne qu’un ministre de l’Économie socialiste serait «en permanence soupçonné» de mener une politique de gauche. Un positionnement qui crée une tension paradoxale: le doute permanent nourrirait justement des incompréhensions au sein d’un gouvernement à majorité de droite et centre-droit, déjà difficile à concilier en matière économique.
Ce rejet des syndicats révèle une fracture profonde au sein de la gauche helvétique. Plutôt que de saluer l’accès d’un socialiste à ce portefeuille sensible, les organisations défendant les salaires et les conditions de travail redoutent les pièges d’une position qu’ils considèrent comme politique, donc instable. Mieux vaut un économiste « technique» qu’un homme politique « partisan», semblent-ils arguer.
Pour Jans, ce dossier représente un véritable camouflet politique. Celui qui a géré la police et la justice depuis dix ans pourrait dès décembre se retrouver aux prises avec une opposition inattendue, venant non de ses rivaux conservateurs mais de ses propres alliés. La succession économique suisse s’annonce comme un enjeu de coalition plus complexe que prévu.
