Un paysage de désolation s’étend désormais où scintillait autrefois l’eau du lac franco-neuchâtelois. Le lac des Brenets affiche un niveau sept mètres sous la normale depuis fin juillet 2026. Pour mesurer l’ampleur du drame, il faut savoir que dans les jours qui suivent, le lac est attendu à dépasser le record de baisse de 1906.
Ce déclin vertigineux frappe d’abord le cœur économique de la région. Depuis fin juillet, les bateaux ne peuvent plus naviguer sur le lac des Brenets en raison du manque d’eau. La chute du Saut-du-Doubs, une autre attraction touristique du site, est aussi à sec après deux épisodes caniculaires. Pour les opérateurs touristiques locaux, c’est un arrêt brutal qui met en péril les emplois et l’activité saisonnière.
Un cri de détresse sur le lit asséché
Face à l’urgence, les habitants ont choisi d’exprimer leur désarroi de manière spectaculaire. Le mot “Help” a été tracé sur le lit asséché du lac le 27 septembre pour alerter sur la sécheresse. Cette inscription géante, visible d’en haut, incarne la colère et l’impuissance des communautés riveraines confrontées à un phénomène qui dépasse largement les frontières nationales.
Maxime Fallet, qui travaille dans une compagnie de croisière sur le Doubs, redoute que le lac soit “destiné à disparaître” faute de plan pour le sauver, rappelant que “l’atmosphère aux Brenets, quand on parle du Doubs, est souvent tintée d’une certaine tristesse, d’une mélancolie à l’idée que nous pourrions perdre ce lac qui fait partie de l’âme des Brenets depuis des générations.”
Les causes d’une catastrophe annoncée
L’asséchement du lac n’est pas une fatalité climatique isolée, mais le symptôme d’une accumulation de facteurs. Le Doubs français est asséché sur plusieurs kilomètres et n’alimente plus le lac, avec une baisse quotidienne de 22 centimètres. Le pompage des nappes phréatiques et la croissance démographique dans les communes françaises voisines aggravent la situation climatique.
Les experts locaux pointent du doigt une géologie problématique. L’eau s’écoule dans un entonnoir, dans les failles du massif du Jura. Cette particularité rend le lac particulièrement vulnérable aux périodes sèches prolongées.
Un phénomène qui s’répète
Le lac des Brenets, sur le Doubs, est sujet à des assèchements réguliers. En 2018 et en 2023, des photos du lac des Brenets, complètement à sec avec les bateaux échoués, étaient devenues un symbole du dérèglement climatique. Mais cette fois, la situation approche des niveaux jamais enregistrés depuis plus d’un siècle.
Les gestionnaires de la région ne restent pas immobiles. Le directeur de la société de Navigation sur le lac des Brenets, Yvan Durig, déclare qu’il faudrait “une pluie constante durant plusieurs jours”, mais des mesures plus structurelles s’imposent. Durig estime qu’il faut “prendre action, en effet, être proactif, et sceller le lit du lac” pour éviter l’infiltration de l’eau à travers les fissures géologiques.
Le destin du lac des Brenets concentre en lui l’urgence climatique qui étreint l’Europe entière. Entre réchauffement, surexploitation de l’eau et géologie fragile, ce petit lac franco-suisse cristallise les défis d’une région confrontée à l’impensable : la disparition progressive d’un patrimoine naturel transmis de génération en génération.
